Et voilà, comme annoncé, ce début de saison lyrique 2006/2007 s'est donc fait ce soir (essentiellement parce que trouver des places pour la clemence de Titus s'est avéré chimérique), en compagnie, évidemment irais-je jusqu'à dire, de Kozlika, entre deux représentations (c'est de la redondance pour cause de sécurité à ce niveau), donc de Fûûlion qui ne m'avait accompagné depuis "Alceste" par Malgoire il y a six bons mois (et à qui je dois envoyer un mail : c'est Lucia qui perd la raison, pas moi
), et de Nawal, qui a récupéré à la dernière minute (enfin, il y a 20 jours) la place de ma Grande Amie accompagnatrice prévu à l'origine, déjà décommandée pour Iphigénie à l'époque (quoi que je n'avais pas de place, mais il pour deux ça aurait été possible au dernier moment, et en contigu), et malheureusement (encore) absente ce soir :/ ; de toute façon, pour la prochaine fois, j'ai prévu le grand jeu, ce sera "le dialogue des Carmélites" à domicile, soit à Marseille, na ! Outre ces trois demoiselles (quand j'y pense ^^), étaient aussi présents Juju et Matoo, dans le carré VIP-orchestre pour leur part, où l'on pouvait y croiser Fanny Ardant (paraît que c'est snob de le dire ; n'empêche que lorsqu'elle passe comme ça à deux mètres devant l'entrée, avec une énorme prestance, on hallucine un bon coup o_o).
Bon, passons aux choses sérieuses, notre opéra. Il s'agit de Donizetti (plus de 60 opéras à son actif, j'avais mal compté, ça va être terrible pour achever mon intégrale), donc c'est très lyrique ; des fois ça tire vers le comique facile ou la farce, et parfois dans le romatisme, la migration vers Paris n'y étant certainement pas pour rien (quoi que, "la fille du régiment" est écrit en Français). Dans l'oeuvre du sieur, il y a toute une ribambelle d'héroïnes tragiques, sur le même modèle au niveau du nom ("Elisabetta al castello di Kenilworth", "Emilia Di Liverpool", "Francesca di Foix", "Imelda de' Lambertazzi", "Linda di Chamonix", pour ce que je possède pour l'instant), c'est assez saugrenu. Bref, là, c'est "Lucia di Lammermoor". Il existe deux versions (et à part "Orfeo ed Euridice" de Gluck, je ne vois pas trop d'oeuvre ayant subi le même sort) : l'originale en italien, et la remixée en Français, avec des ajouts, des adaptations musicales, et une tradution très très libre du livret (mais le sens général est totalement conservé
. Ce soir, c'était donc l'italienne. Pour ceux qui ne le sauraient pas, la représentation de Lucie (en Français donc) à Lyon par Natalie Dessay est sublimissime. Ce qui était donc une raison de plus pour s'y rendre absolument ce soir.
L'histoire est fort simple (c'est italien, pas allemand ou russe
) : nous sommes au château en ruine de Ravenswood, en Écosse, et la mère de Lucia vient de mourir, et durant son deuil, celle-ci tombe amoureuse de l'ennemi héréditaire de la famille, Edgardo di Ravenswood, qui vient de tout perdre. De fait, le frère, Enrico Ashton, n'est pas très content de cette liaison, et va y mettre fin en profitant de l'absence de notre amant, par des moyens peu scrupuleux, mais ignorés des deux tourteraux. Lucia est mariée un peu de force au puissant Arturo Bucklaw, afin de sauver la famille en ruine. Évidemment, ça va mal se finir, cette histoire, c'est pour ça que j'adore (si ma Grande Amie passe par-là, elle en sait quelque chose, j'ai toute une théorie sur les drames
).
Parlons tout de suite des choses qui fâchent : la mise en scène. Elle est à chier. C'est mieux que le récent Iphigénie, y'a pas de matricide à poil (et des dédoublement de personnalité, quoi qu'à la fin, quatre ou cinq fantômes pour une seule morte, ça fait p'têtre too much), mais déjà, c'est quoi ce machin tout bleu qui sert de décor ? Apparemment, ce ne serait pas un cargo, mais un donjon. Avec des cordages de voile, des poteaux d'amarage rouge et blanc, des pontons (intérieurs, mais qu'est-ce que ça fout là ??), bref, du gros n'importe quoi, certainement pas un château en ruine. Pire : pas de fontaine, un abreuvoir, et encore, il ne s'y passe pas grand chose quand ça le devrait. Ça c'est abusé, j'y tiens, à ma fontaine. Les saltimbanques inutiles sur scène font un boucan d'enfer, y'a des agrés de gym un peu partout, faut arrêter la drogue et l'alcool à ce niveau-là. À force de vouloir faire original, on oublie qu'un opéra c'est avant tout un texte, et on fait n'importe quoi. Bref, c'était fort laid. Un seul truc à sauver de cette horreur : ça a permis quelques cascades à nos chanteurs, essentiellement Natalie, qui me semble assez montée sur ressort (d'ailleurs, lors du salut, elle sautillait sur place :s ). Donc ça escalade, ça se balance, c'est en équilibre, ça monte, ça desend, à plusieurs mètres de hauteur, je ne sais pas si ceux qui ont leurs places en octobre auront la même distribution, certains y auront peut-être laissé leur vie d'ici-là ; et c'est la Natalie qui en fait le plus, je le crains... Ah oui, l'ambiance de pression masculine très forte sur la pauvre Lucia se ressent aussi, en fait, c'est surtout le décor et les pitreries qui sont à jeter -- les costumes de William Dudley ne semblent pas anachroniques, par exemple. Mais des ballons sur scène pour l'air de la folie, encore une fois, c'est vraiment pousser trop loin.
Niveau chant, c'est l'exact opposé de la mise en scène (nullissime, rappelons-le), à savoir : magnifique. Bon, le Normanno/Christian Jean était aphone, ce qui représente un certain handicap quand on est chanteur, mais tous les autres, à savoir Natalie Dessay en Lucia (on l'aura compris), Matthew Polenzani en Edgardo, Ludovic Tézier en Enrico, Kwangchul Youn en Raimondo, et le seul autre rôle féminin, Marie-Thérèse Keller en servante Alisa, étaient splendides. Natalie Dessay, c'est quelque chose. Du p'tit gabarit, mais quand ça s'y met, il faut s'accrocher, c'est du beau. Et puis, l'orchestre, sous la direction d'Evelino Pidò (encore un que Fûûlion connaît, un vrai italien paraît-il), était plus qu'à la hauteur. Notons une particularité : la présence d'un orgue de verre, "glass harmonica" ou bien d'autres noms, dont je vous laisse découvrir l'histoire plus que particulière, en l'occurrence joué par Sascha Reckert, seul musicien mentionné sur le livret (pour dire), quand bien même il ne joue que pour la "scena della pazzia", la célébrissime scène de la folie (que tout le monde connaît, du moins pour le début, via la dame en bleu du 5ème élément). En fait, habituellement, l'air est joué par la flûte traversière, apparemment l'instrument est si spécial qu'il avait disparu, ou presque, à l'époque de la composition, et était parfois même interdit.
Ceci dit, bein, j'avoue : je préfère la flûte (et je ne dis pas ça pour faire plaisir à Fûûlion
). Le son est plus pur, l'orgue de verre est basé sur des vibrations dont le son fait penser à un vrai orgue, avec les tuyaux qui sortent le son de la flûte ; en fait, il manque de vrais aigus. Mais c'est très intéressant, et ça vaut le détour, tout de même, ne serait-ce que pour le côté folklorique du mouillage de doigts et essuyage de verre (que l'on ne voit pas depuis les places de l'orchestre, si j'ai bien compris). En réalité, c'est comme tout le reste : en italien, je trouve que Lucia est décidément moins bon. Ça manque de romantisme, de passion absolue, que l'on trouve tout à fait dans la version Française ; c'est trop lyrique au sens italien du terme (oui, c'est limite péjoratif pour moi), et ça ne prend pas assez au corps, à l'âme ; la scène de la folie était magnifique, mais je m'attendais à mieux -- j'ai d'ailleurs préféré la seconde partie du chant de Lucia plutôt que le tout début --, j'ai eu la même déception que lorsque j'ai vu la version italienne pour la première fois il y a peu, alors qu'en Français, c'est le romantisme désespéré absolu, le drame, les montées dans les aigus qui vous mettent dans un état pas possible. Bref, j'aurais préféré en Français et avec une flûte, ce serait pas possible pour l'année prochaine par hasard ? 
Au final, ça reste fabuleux. Les défauts, selon moi, que je viens de citer sont dus à la version de l'oeuvre, nullement au travail des interprètes. Comme le metteur en scène Andrei Serban n'était pas là, de peur certainement de se recevoir force tomates pourries dans la tête, on a dû applaudir comme jamais nos merveilleux artistes, surtout Polenzani et évidemment, la génialissime Natalie Dessay. Trois heures et trois actes pour cette adaptation du livret de Salvatore Cammarano, inspiré fortement des oeuvres de Walter Scott et Victor Ducange, que le metteur en scène miteux aurait dû mieux lire, mais au final, une Natalie Dessay qui chante superbement bien sur une balançoire, ou à deux mètres cinquante de hauteur en haut d'un lit superposé, ça vaut le coup d'oeil, et beaucoup plus que ça, le coup d'oreille. Formidable soirée, en conclusion.
bande-son: la scène de la folie, ma préférée (allez savoir pourquoi...), qui en Italien a même un texte inférieur à la version française, d'ailleurs
humeur du moment: et dire qu'elle devait venir, rraahhh * gros soupir *
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Nawal / Site web (23.9.06 20:55) Sublime ... Sublime !!! Merci ... Merci )
Ps : vivement le prochain Yeaaah ! |
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Kozlika / Site web (23.9.06 22:11) Cétébien hein :-) :-) :-) Au moins un autre opéra a été écrit dans deux langues : Don Carlo (version italienne) / Don Carlos (version française). |
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palpatine / Site web (23.9.06 23:31) Ah ouais, connais pas super bien Verdi, faut-il dire ; à p'tite dose, ça passe encore, faudrait que je m'y remette un peu. En attendant, je pauffine ma collec' de Donizetti, ça tape dans la vingtaine, j'en suis presque au tiers, pfiou, c'est pas facile (mais je pense que je vais voir si on ne peut pas en trouver à la médiathèque de Châtelet, où, comme chacun sait, je dois passer afin de rendre une certaine partition d'ici très peu de jours :D ). Ceci dit, il y en a un tas qui ne font qu'un seul acte, c'est pas du Wagner, hein (pof pof, comme j'te place ça tranquille :p ).
Bon, sinon, cététrèbien (et vivement les p'tits troyens avec des mitraillettes, ouaaiiss :p ), j'hésite à torturer notre accompagnatrice démissionnaire... hhhmmm.... (arg, j'ai un captcha... à chier :s Je m'excuse auprès de mes lecteurs si d'aventure ils tombaient sur quelque horreur pareille : je n'en suis nullement responsable :s ) |
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Juju / Site web (24.9.06 03:36) Super article. Au passage, pour les opéras "double version", n'oublie pas Don Carlos et son alter ego italien Don Carlo du Sieur Verdi
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palpatine / Site web (24.9.06 08:29) Mici. Pour Don Carlo, c'est ce qui est écrit juste au dessus par Koz' . C'est dingue, y'a tout le monde qui le connaît sauf moi ou quoi ? :p Va vraiment faloir que je me le procure ^^.
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Juju / Site web (24.9.06 12:19) La honte... J'avais pas lu le commentaire de Kozlikette
Mais c'est un des opéras de Verdi à découvrir, il est magnifique et a un des plus beaux rôles de Mezzo-soprano de tous les opéras verdiens. |