République des blogs 3. Moins de journalistes, beaucoup moins, même, aucune guest star du monde politique connu, irais-je jusqu'à dire qu'il n'y avait que de vrais internautes cette fois ? Le fait est que le blogueur doit partager la présence de flogueur et simples lecteurs-commentateurs. Bien des absences de mes amis gauchistes de la dernière fois (mais où étaient-ils ? lacheurs !), et je pense que François Granger n'a pas forcément dû trouver l'expérience très intéressante (mais où était Yves ?). Il faut dire que nous sommes confrontés à un certain problème : tout un chacun a sa théorie.
Résumons. Nous avons des juristes, économistes, managers, financiers, journalistes, communiquants (dit-on comme ça ?), ou encore informaticiens (ah ?? bah oui, c'est cela même ce que l'on appelle "les minorités ethniques" ), de droite (un bon nombre), ou de gauche (assez peu), voire du centre si tenté que ça ait un sens (mais là : beaucoup). Enfin, ça, c'est ce que l'on croît au début. Avant de parler avec un libéral extrêmiste conservateur, qui finalement soutient le logiciel libre et son modèle, mais trouve en même temps que microsoft fait des merveilles (j'ai bien résumé ?
) ; anarchisme de droite, pour faire bref. Ou un financier élevé en communauté (avec des chèvres, confère le modèle libéral précédent pour l'idée), qui se dit tout autant à gauche que je n'ai toujours pas bien compris quel système économique il soutenait ; était-ce bien le capitalisme, le garant de l'innovation individuelle ? Il faudra que j'en parle à mon ami, qui inventeur d'un système de captation de l'eau dans le désert (à partir de la vapeur d'eau dans l'atmosphère), ne trouve aucune subvension pour passer du prototype (qui fonctionne !) à la réalisation complète, le marché potentiel ne rapportant rien d'un point de vue strictement économique. Et j'en passe. Ou comment un individu de 25, 30, 35, 40 ans, résoud à lui tout seul 4500 ans de prise de tête (en réalité, un peu plus d'années, mais qu'importe), et nous expose LA solution entre deux bières (enfin, pas beaucoup bu pour ma part, je n'ai pas eu droit à mon fameux lait-fraise). En fait, il manquait des historiens et des philosophes (des vrais, pas du BHL-like), dans la salle...
C'est un peu le problème : trop de théorie, si vous voulez mon avis (mais oui mais oui, vous le voulez
). Dans la réalité réelle, ça ne marche pas. Pas plus que notre système actuel, qui de toute façon, sera amené à disparaître naturellement, c'est un cycle de vie et de mort des civilisations, aucune raison que l'on en échappe. En attendant, voici ce que je n'ai pas entendu : "humanisme", "solidarité", "générosité", "philanthropie". L'homme est un zoon politkon, tout le monde est d'accord (encore heureux), il suffisait de venir ce soir pour en voir de beaux spécimens. Je suis en accord avec peu de monde, mais comme disais Jules en réponse à une remarque de Laurent (Embruns), si c'est bien dit, le fond passe après la forme, en fait. Et c'est un peu ça, tout le monde est sympathique, même Authueil et Koz, pour dire. Et pourtant, beaucoup présents croient encore qu'il existe une divinité (oui, je vous jure, en 2006, dingue, non ?), alors déjà, on est vraiment mal parti (sauf si elle est privatisée, nous dira l'ami libéral ; si si, je vous jure... ^^).
Mais sans aller jusque là, la conversation entre Jules et Versac vers les minuit trente était bien intéressante, à propos de la représentativité des élus. Je vais parler d'un sujet connexe : comment élaborer des théories politiques lorsque l'on ne sait pas comment marchent déjà les choses ? En d'autres termes, plus que de savoir comment déterminer le sort de l'ouvrier sans l'avoir été, comment savoir que non, aucune entreprise du CAC40 ne va survivre les prochaines années, le modèle prend l'eau de toute part. Que si Airbus a -12 milliards d'€ en banque, ce n'est pas un hasard. Et que prétendre que le libéralisme résoudrait ce problème est d'une très profonde naïveté, quand bien même les coûts investis en permanence sont colossaux, et font intervenir plusieurs centaines de milliers de personne autour d'un projet commun, qui à la fin devra passer validations et certifications (cherchez "SEU avionics" sur google) qui ne devront pas se résumer à un simple test des utilisateurs qui choisiront l'appareil qui se crashe le moins (le libéral dit : choisir la meilleure solution par sélection naturelle ; certes).
Voici que le monde de l'ingénieur que je suis, est en contraste avec celui des "grands penseurs" qui décidément n'ont pas le moindre début d'idée du "comment ça marche", avec un regard beaucoup trop extérieur, tellement qu'il peut en oublier qu'au final tout se rapport à une seule chose : l'Homme. Mais nécessairement extérieur, comment connaître toutes ces choses, quand ce n'est pas son domaine d'étude ? Voici en quoi une telle réunion est instructive : brasser autour d'un thème commun, social, organisationnel, administratif, même, au final, la simple détermination de ce que doit être la société, que tout un chacun veut le plus juste possible, j'en suis convaincu. Trop libéral pour certains, pas du tout pour d'autres, notre système finalement ne plaît réellement à personne, mais faute d'avoir vu ni communisme, ni libéralisme réellement à l'oeuvre (et convaincu moi-même qu'aucun des deux ne marcherait en l'état, car supposant l'homme juste ; Montesquieu allant plus loin encore avec la lettre XIV des "lettres persanes", qui m'a fait penser à une remarque d'Authueil sur la propension de l'individu à se reposer sur l'homme politique qui dégage de la responabilité décisionnelle individuelle), tout ceci n'est et restera que spéculation, où le terme "les gens" n'a réellement aucun sens, comme le soulignait François au début.
Mais peu importe. Chacun savait bien qu'il ne serait converti à la doctrine de l'autre, sachant bien aussi qu'il n'y en n'a pas deux pareilles. Le seul regret pour ma part aura été la musique trop forte qui aura eu raison rapidement de ma voix (et de mes oreilles), et l'absence cruelle de coca, ainsi que les 400 pauvres calories que j'avais dû avaler en tout depuis le début de la journée. Forcément, pas l'idéal pour débattre, dans ces conditions. Mais je peux écouter, mes lecteurs savent que c'est ce que je fais encore de mieux. J'engrange, je stocke, j'analyse, la prochaine fois, s'il y a moins de fond sonore, et ayant pris soin de prendre ma dose de caféine auparavant, ce sera peut-être moins simple pour mes interlocuteurs ; mais cela demeure toujours enrichissant.
Bon, il manque à mon compte-rendu un name-dropping, quelques détails croustillants, et une référence à la réponse universelle à la vie, l'univers, et tout ce qui existe (histoire de passer une fois de plus dans un article du Monde), mais je pense qu'à cette heure-ci, serait un peu indécent (même pas fait mon comig out : je suis Jacobin, en vrai :D ). Précisons jusque que je suis arrivé avec le "Cantique de Jean Racine", de Fauré, dans les oreilles, que j'ai d'ailleurs eu du mal à quitter ; mais surtout, reparti avec le miserere d'Allegri. Pour dire que même les pires horreurs idéologiques peuvent engendrer quelque part une somptueuse beauté. Il y a toujours beaucoup à apprendre des autres ; ne serait-ce que d'un point de vue anthropologique
.
|
FrédéricLN / Site web (26.10.06 09:30) Ça, c'est une chronique à valeur ajoutée. Chapeau bas, Monsieur. |
|
Laurent / Site web (26.10.06 09:42) Verbe égal au Très-Haut ! Je suis dingue du Cantique de Jean Racine. Je l'ai chanté quand j'étais dans une chorale de jeunes. Rien que d'y repenser, j'en ai des frissons... |
|
XIII / Site web (26.10.06 11:28) Tu me disais quoi, hier soir ? Que tu faisais des billets moins longs qu'avant ? Hé bin... :-) |
|
palpatine / Site web (26.10.06 15:11) @FrédéricLN: là je suis hyper flatté :$ @Laurent: Merci (et Fauré est un Dieu, évidemment )
@XIII: bah ouais, carrément court, t'as vu à quelle heure j'ai posté ça ? ^^ (et puis, à 7h, faut que je me réveille, histoire d'arriver à 10h30 au boulot :p -- j'ai une matinée comme Laurent, traîne en long, large et travers ^^) |
|
Boulgakof / Site web (27.10.06 18:42) Message du financier élevé en communauté, au lait de chevre. Alors moi quand je t'ai parlé, autant le dire tout de suite, je me suis dit: Ce mec est fou. Dans ma bouce, ce n'est pas trop grave, parce qu'une bonne partie de ma famille est passée par l'HP, et que ça ne les a pas empechés d'écrire, de sculpter, de peindre, voire de monter des boites. Ensuite je me suis dit: tiens, un communiste. Bon pourquoi pas. Alors j'essaye de te convaincre que le pouvoir est difficile à répartir équitablement et efficacement dans ce système politique. J'aimerais bien, mais non. Ensuite je t'entend balacer pas mal de lieux communs: les politiques sont corrompus, les financiers sont méchants,... Pas le temps de finir mon argumentation, tu soulèves un lièvre à chacune de mes phrases. Je te quitte en me disant: voilà un gars qui a la gniaque, mais qui ferais bien de s'informer avant d'avoir des avis aussi tranchés. Et puis voilà qu'aujourd'hui je tombe sur ton blog. Et que c'est bien écrit. Etrangement, certes, mais avec une certaine dose de poésie. Et puis tu dis que tu analyses, que tu stockes des infos. Pfiou! Bon alors tu n'est pas fou. Mais philosophe. Pas comme ces éponges scolaires. Non. Comme Diogène. Comme Maitre Hykkiu. Pour info, je soutiens ce qui marche dans le capitalisme (on a plein a bouffer grace à lui). Je milite pour en limiter les excès (pareil, à peu près, pour le communisme). En gros, je n'aime pas trop les idéologies, qui voient le monde d'un seul point de vue: le capital, le travail, la liberté, l'ordre, le pouvoir... Simpliste... Je préfère être réaliste ou pragmatique (ces mots ne sont pas forcément creux), le tout pour satisfaire les quelques valeurs que je ressent comme étant justes: liberté, égalité, fraternité... |
|
palpatine / Site web (27.10.06 20:14) Moi, fou ? Mais voyons... Un (demi-)verre de coca, beaucoup moins de bruit, et même à 2h30 du mat', ça va beaucoup mieux . Quand tu dis "je soutiens ce qui marche dans le capitalisme (on a plein a bouffer grace à lui)", tu oublies que la grande majorité n'a strictement rien à bouffer, et ça c'est innacceptable ; et le modèle du capitalisme créant de l'inégalité, les pauvres sont nécessaires pour faire des riches. Et non, le capitalisme ne favorise pas la créativité individuelle, les exemples sont très nombreux, et c'est en tant qu'ingénieur, en tant que scientifique, travaillant dans l'industrie, dans le lieu même de l'innovation, que je peux l'affirmer.
Allez, promis, la prochaine fois on parlera plus calmement Tu remarqueras d'ailleurs que nous avons finalement le même but et la même philosophie de fond, et c'est bien ce que j'ai écrit : sans être d'accord sur le comment, on peut l'être sur le quoi ; et si tu possèdes le point de vue du financier qui gère, je possède celui de l'ingénieur, qui au final, est celui qui crée "physiquement", avec son esprit et ses petites mains .
|